Point de situation sur le secteur des transports et de la logistique en Turquie

En Turquie, depuis le début du déconfinement de la fin du mois de mai, les entreprises du secteur de la logistique et des transports voient leur chiffre d’affaires augmenter mais, d’une manière générale, les niveaux d’avant la crise sanitaire n’ont pas encore été retrouvés. La croissance du transport de marchandises, prononcée mais encore insuffisante pour résorber les pertes de chiffre d’affaires, se heurte à une reprise encore assez lente des secteurs les plus dépendants des exportations (textile), et à une reprise de la consommation domestique encore assez limitée dans son ampleur. Néanmoins, la résilience du secteur, ainsi que les consolidations en cours et à venir, devraient aider les entreprises des transports et de la logistique turques à renforcer leurs positions commerciales sur les chaînes de valeur régionales et internationales.

 

La logistique et les transports : un secteur en plein développement en Turquie depuis les années 2000

 

Depuis les années 2000, la Turquie a vu son secteur de la logistique et des transports se développer de manière impressionnante parallèlement à la croissance économique, triplant en valeur et affichant un taux de croissance annuel moyen de 20%. La Turquie s’est affirmée non seulement comme un grand pays de transit, essentiel notamment pour la desserte de l’Asie Centrale et de la zone CEI, mais également comme un hub régional pour le fret, attirant les investissements étrangers avec 1,9 Md USD d'investissements en 10 ans (selon UTİKAD).

 

D’un point de vue logistique, la Turquie bénéficie en effet de dynamiques internes et externes ainsi que d’atouts de taille, qu’elle met à profit depuis le début des années 2000 avec l’explosion de son commerce extérieur ces dernières années :

  • un emplacement géographique stratégique : au carrefour de l'Europe de l'Est, de l'Asie centrale, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, la Turquie fonctionne comme une plaque tournante pour le fret transporté dans la région. Outre la centralité géographique de cet emplacement, les firmes internationales considèrent l’avantage géopolitique qu’elle confère, compte tenu de la relative stabilité de la Turquie dans une région marquée par de nombreux conflits (Irak, Syrie…). Cela justifie l'importance du secteur logistique turc et en particulier du secteur du transport maritime : en 2019, 61% de la valeur des marchandises exportées et importées est transporté par le mode maritime.
  • des investissements conséquents dans les infrastructures logistiques : la Turquie a assuré sa croissance endogène et accompagné le développement de son secteur industriel et manufacturier, tourné vers l’export. Elle poursuit désormais des objectifs encore plus ambitieux. Les projets d'infrastructures de transport et d'énergie dominent le marché des PPP en Turquie. Une variété de mégaprojets tels le nouvel aéroport d'Istanbul, le pont Yavuz Sultan Selim, l'autoroute Gebze-Orhangazi - Izmir et le tunnel Eurasia à Istanbul confortent l’intégration de la mégalopole d’Istanbul dans le commerce international.
  • la progression du commerce électronique : le secteur du commerce électronique en Turquie a connu une croissance exponentielle en raison de l’augmentation de la population de la classe moyenne, de la hausse du revenu disponible et de la présence d'acteurs majeurs du commerce électronique tels HEPSIBURADA, N11 et TRENDYOL, ainsi que tout un écosystème de « jeunes pousses » performantes.
  • un accent sur le secteur manufacturier et automobile : les industries manufacturière et automobile ont été le principal moteur de la croissance de l'industrie de la logistique en Turquie. Le secteur manufacturier représente près de 25 % du PIB du pays. Le secteur de la fabrication de machines et d'équipements industriels s’avère le principal poste d’exportation de la Turquie. De plus, la Turquie est le cinquième producteur automobile en Europe, avec un taux d'exportation moyen de 78 %. L’implantation de grandes enseignes de distribution ainsi que le développement d’entreprises agro-tertiaires nationales et internationales ont également contribué à l’essor de la logistique, ces entreprises ayant introduit sur le marché domestique leurs propres normes et exigences en matière d’approvisionnement, de transport et d’entreposage.
  • une priorité gouvernementale accordée aux infrastructures : Les perspectives de cette industrie ont également été nourries par la Vision 2023 et le Plan directeur logistique 2023 du gouvernement.

 

Cependant, depuis 2016, ce secteur perd des points dans les classements internationaux et, sur certains critères, connaît une régression. Par exemple, malgré les améliorations qu’ont connues les douanes, certains professionnels déplorent l’insuffisance de la dématérialisation des procédures douanières. Dans le classement « Logistics Performance Index » de la Banque Mondiale, le critère « douanes » est ainsi passé de 3.2 en 2016 à 2.8 points en 2018. Toujours dans ce classement, le critère général « compétence logistique » baisse continument depuis 2014. Si la Turquie consolide son avantage par rapport à d’autres pays émergents (Inde, Brésil), elle se fait désormais dépasser par bien des pays d’Europe Centrale et Orientale, qui sont susceptibles de la concurrencer, notamment dans l’attraction des investissements industriels. La crise sanitaire actuelle exacerbe ces concurrences, sur fond de chute drastique des volumes internationaux, et rend ainsi d’autant plus impérieux l’agenda de réformes pour la Turquie.

 

Dans un contexte de reprise économique encore assez fragile après le choc mondial du Covid-19, la situation du secteur des transports et de la logistique reste contrastée

 

Avant la crise sanitaire, de nombreuses entreprises du secteur turc du transport de marchandises et de la logistique connaissaient des difficultés financières persistantes. La crise sanitaire a aggravé ces difficultés. Le secteur a été touché de plein fouet par la chute de la consommation domestique, par le ralentissement de la production industrielle nationale, et par l’effondrement des exportations de la Turquie, notamment vers l’Europe, premier partenaire commercial. La logistique urbaine, en revanche, a nettement bénéficié de la conjoncture avec une explosion (sans doute de l’ordre d’au moins 30%) des livraisons à domicile dans les grandes villes, et la fluidification du trafic à l’intérieur des villes compte tenu de l’interdiction des déplacements entre 31 villes turques. De même, pendant la période de confinement, le transport de fret par le mode ferroviaire a beaucoup progressé, en premier lieu dans les corridors connectant des ports.

 

Aujourd’hui, les dynamiques de la reprise sont variables suivant les modes de transport et les segments du marché des transports et de la logistique.

 

Alors que le fret aérien transporté était de 123.890 tonnes sur le mois de juin 2019, il a diminué à 117.641 tonnes, soit une baisse de 5% au cours de la même période de 2020. La logistique aérienne voit ses capacités fortement contraintes, en raison de l’annulation des vols de passagers internationaux (du fret aérien était généralement transporté via les vols réguliers de passagers).

 

Le transport de fret par voie ferrée, quant à lui, poursuit son élan, avec un transport massifié possible dans des conditions sanitaires optimales et une fluidité appréciée dans le passage aux frontières terrestres. En 2020, il devrait être transporté un volume total de 20 000 conteneurs et 500 000 tonnes de marchandises sur la ligne internationale BTK (« Bakou-Tbilissi-Kars »). La crise sanitaire a accéléré le développement de la ligne, qui transporte diverses denrées, matériaux et produits manufacturés vers l’Azerbaïdjan. Divers logisticiens se sont positionnés sur cette ligne et plus généralement sur des infrastructures ferroviaires connectées aux ports des deux façades méditerranéennes, dont l’entreprise maritime turque ARKAS Lojistik qui a commencé à transporter via le Marmaray, tunnel sous le Bosphore, des marchandises diverses en provenance de Xi’an, en Chine, jusqu’en Europe, ainsi que CMA-CGM qui complète ses offres de transport maritime international par des solutions ferroviaires pour la «logistique du dernier kilomètre » et développe son propre hub depuis le port de Mersin sur la façade orientale méditerranéenne.

 

Malgré une baisse des volumes avec la chute du commerce international, le transport maritime bénéficie des investissements récents de groupes privés locaux dans les ports turcs et de l’essor du fret ferroviaire et multimodal. De surcroît, les transporteurs maritimes se sont engagés dans une démarche active de reconfiguration de leurs modèles d’affaires. Ils se concentrent sur des produits à valeur ajoutée, et repensent leurs lignes régionales en Méditerranée. Les lignes Ro-Ro rétablissent leurs fréquences, suite notamment à la reprise du marché automobile. L’agro-alimentaire, qui n’a pas souffert de la crise sanitaire, stimule le développement de lignes Ro-Ro en Mer Noire.

 

Suite à la décrue observée lors de la période de confinement, le transport routier de marchandises connaît un net regain d’activités ; à l’export et en unités de véhicules, le secteur a atteint en juin 2020 les chiffres de juin de 2019. Une baisse de 9% seulement est observée sur les 6 premiers mois de l’année 2020. L’ouverture rapide des usines automobiles et la stimulation de la demande par une politique de taux d’intérêt très faibles, la relance du secteur de la construction (immobilier résidentiel) ainsi que l’explosion du commerce en ligne ont significativement contribué à ce sursaut. A moyen terme, la profession mise sur une tendance croissante à la régionalisation des transports, en parallèle d’une refonte des chaînes de valeur. Cet enjeu suppose une amélioration des prestations du transport routier de marchandises, ainsi qu’une offre de services renouvelée. Aussi des entrepreneurs turcs prospectent activement des potentiels donneurs d’ordre européens, et investissent dans des capacités de stockage. Au plan international, les flux avec l’Asie Centrale, perturbés aujourd’hui par les conditions sanitaires, devront être recentrés sur les trafics les plus rentables et les plus volumineux. Le durcissement de la législation sociale européenne avec le Paquet Mobilité favorisera sur l’export les groupes les plus intégrés, bénéficiant de services logistiques en Europe, et fragilisera les petits transporteurs, à la situation financière considérablement dégradée.

 

Globalement, le chiffre d’affaires des entreprises du secteur de la logistique et des transports est encore loin d’avoir retrouvé le niveau d’avant la crise, mais ce secteur présente des dynamiques positives en terme de compétitivité: accélération du mouvement d’automatisation enclenché avant la crise, amélioration de la qualité de l’offre de transport maritime, renouvellement des flottes de véhicules de certaines entreprises de transport routier, accélération des plans d’investissements gouvernementaux dans les centres logistiques... La situation est propice aux acquisitions, notamment dans le transport maritime, ainsi qu’aux consolidations (segment du transport routier).

 

Source : Service Economique de l’Ambassade de France

 

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