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La situation économique et financière de la Turquie

Le PIB se contracte au 3ème trimestre. Le ralentissement de l’inflation et la contraction du déficit courant soulignent avant tout une faiblesse persistante de la demande intérieure et non une amélioration structurelle de l’économie turque. Par ailleurs, si le système bancaire turc n’est pas exposé à un problème de refinancement ou de liquidité à court terme, la dégradation de la qualité du portefeuille de crédits peut susciter des inquiétudes.

 

L’inflation  ralentit  plus  fortement  qu’anticipé  depuis  le début de l’automne

 

Après avoir culminé respectivement à 46,2% (au mois de septembre) et 25,2% (au mois d’octobre) en glissement annuel, la dérive des prix à la production et à la consommation a sensiblement ralenti à 33,6% et 20,3% respectivement au mois de décembre, des niveaux inférieurs à ceux attendus par le marché et proches de l’objectif du gouvernement. Par ailleurs, les anticipations d’inflation à 12 mois et 24 mois ont également été révisées à la baisse, passant à 16% dans un an et à 12% dans deux ans.

 

En décembre, les marchés ont pu interpréter certains changements dans la communication de la Banque centrale comme une possible inflexion de la conduite de la politique monétaire. Le principal taux directeur est toutefois demeuré inchangé à l’issue de la réunion de janvier du comité de politique monétaire. En effet, l’impact potentiel des facteurs qui ont permis la forte décélération de l’inflation cet automne paraît désormais épuisé : la forte appréciation de la livre est probablement arrivée à son terme, en l’absence de facteurs fondamentaux et techniques soutenant cette tendance ; la baisse sensible des cours du baril de pétrole ne se poursuivra probablement pas au même rythme durant les mois à venir ; les mesures mises en œuvre par le Gouvernement dans le cadre de son plan de lutte contre l’inflation (réductions de prix, imposées ou suggérées, sur les biens de consommation ainsi que sur les coûts d’emprunts d’une partie des crédits, baisse des prix dans le secteur de l’énergie et réduction des taxes) ont pris fin le 31 décembre 2018. La fin de ces mesures temporaires de réduction des prix et la hausse de 26% du salaire minimum annoncée à la fin du mois de décembre 2018 devrait donc entraîner une accélération de l’inflation au cours du 1er trimestre de l’année 2019, ce qui n’est pas de nature à inciter l’Institut d’Emission à assouplir les conditions de sa politique monétaire. Cela étant, à l’approche des élections municipales de la fin du mois de mars 2019, la tentation peut être grande pour le gouvernement de vouloir inverser ce scénario : la prolongation jusqu’au 31 mars de la réduction de la taxe spéciale à la consommation (ÖTV) sur certains produits ciblés s’inscrit certainement dans ce cadre.

 

L’activité économique est plus déprimée qu’anticipée

 

D’abord parce que l’ensemble des indicateurs sont non seulement tous orientés à la baisse, mais ils apparaissent également plus dégradés qu’estimés par les économistes. Ainsi, le PIB au 3ème trimestre 2018 a, pour la première fois depuis le 2ème trimestre 2016 (lequel avait subi l’impact négatif de la tentative de coup d’Etat) affiché une contraction par rapport au trimestre précédent : -1,1% par rapport au 2ème trimestre 2018, et seulement 1,6% par rapport au 3ème trimestre de l’année 2017, bien en deçà du consensus de 2,2% formulé par un panel d’économistes, ce qui ramène la croissance de l’activité à 4,5% depuis le début de l’année, en glissement annuel. In fine, selon le consensus de marché, la croissance du PIB devrait atteindre 3% pour l’ensemble de l’année 2018, ce qui, implicitement et compte tenu de l’acquis de croissance obtenu sur les neuf premiers mois de l’année 2018, signifierait que le PIB du 4ème trimestre 2018 se contracterait d’au moins 1% en glissement annuel. La baisse de l’activité est d’abord tirée par la faiblesse de la demande interne ainsi que par la baisse des investissements : pour la première fois depuis 2010, la contribution des investissements à la formation du PIB est négative au 3ème trimestre 2018. Seul élément positif, en apparence, les comptes extérieurs se redressent : grâce à la vigueur des exportations, portées par un taux de change favorable, et à la baisse des importations, pour le quatrième mois consécutif, le compte courant affiche un excédent au mois de novembre 2018 : 986 M USD après 2,7 Mds USD le mois précédent. Grâce à ces performances, le déficit du compte courant devrait être inférieur à 33 Mds USD pour l’ensemble de l’année 2018, alors qu’au mois de mai 2018, il atteignait 58,2 Mds USD sur douze mois. Cela étant, cette amélioration du compte courant est tirée surtout par la faiblesse des importations (en recul de 21% par rapport au mois de novembre 2017), due à l’atonie de la demande interne, plus que par l’essor des exportations (en progression de 9,4% par rapport au mois de novembre 2017) qui serait le reflet d’une amélioration structurelle de la compétitivité des produits et de l’économie turque. Par ailleurs, le ralentissement économique de l’UE, premier débouché des exportations turques, aura également un impact négatif sur les échanges extérieurs et sur la croissance du PIB. 

 

Ensuite, parce que les indicateurs de production et ceux relatifs à la confiance des acteurs économiques sont toujours orientés à la baisse, ce qui devrait se refléter sur les données de l’activité durant les trimestres à venir. S’agissant, en premier lieu, des indicateurs liés à la production, pour le troisième mois consécutif, la production industrielle recule en g.a. (-5,3%) ainsi que le taux d’utilisation des capacités de production, qui atteint 74% au mois de décembre 2018 contre 79% un an plus tôt. Concernant, en second lieu, les indicateurs de confiance, ils sont tous en territoire négatif, même si les chiffres au titre du mois de décembre semblent indiquer une inflexion de la tendance, c’est-à-dire une amélioration du sentiment des acteurs économiques. L’amélioration de ces indices peut être aussi le reflet des mesures fiscales décidées cet automne par le gouvernement pour favoriser la consommation et l’achat de biens immobiliers. L’indicateur relatif au secteur de la construction, un des piliers du développement de l’économie turque, est, quant à lui, toujours déprimé : au mois de décembre 2018, il s’affiche en retrait de 32,1% en glissement annuel, tandis que la différence entre l’indice du coût à la construction et celui du prix de l’immobilier était à un plus haut historique au mois d’octobre. 

 

Enfin, parce qu’en dépit d’un assouplissement des conditions tarifaires, la distribution du crédit est pratiquement à l’arrêt. Depuis le début du mois de novembre, la croissance des crédits, hors effet de change, est devenue négative : elle atteint -3.2% à la mi-décembre contre une croissance de 2,4% à la fin du premier semestre 2018. Cette réduction reflète, d’une part, une volonté des banques de diminuer leur effet de levier (processus de deleveraging), et limiter ainsi l’impact financier de la dégradation à venir de leur portefeuilles de crédits, et, d’autre part, de la difficulté des entreprises à dégager suffisamment de cashflow, en raison de la faiblesse de la demande interne, pour respecter les ratios d’endettement et de capacité de remboursement imposés par les banques pour renouveler les crédits actuels ou en octroyer de nouveau. A cet égard, le rythme et l’ampleur du ralentissement, puis de la contraction, depuis le début du mois de novembre, des financements bancaires incitent à porter une appréciation prudente sur les différents scénarios de croissance. En effet, cette diminution est la plus importante observée depuis au moins 10 ans : en 2009, alors que la baisse du portefeuille de crédit n’avait jamais dépassé le rythme de -0,25%, la croissance avait reculé de 4,7%.

 

Source : Service Economique de l’Ambassade de France en Turquie – janvier 2019

 

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